Un même accord-cadre UGAP peut enrichir une PME ou la laisser avec un CA nul malgré l’attribution. La variable de réussite n’est pas le lot remporté. C’est le rang obtenu dans le lot. Rang 1 = flux commercial récurrent. Rang 3 = trophée vide. Cet article décortique la mécanique du système de rang dans les accords-cadres UGAP multi-attributaires, le poids réel de chaque rang sur le chiffre d’affaires, et comment adapter sa stratégie de candidature en conséquence.
Référence sectorielle : en 2024, l’UGAP a notifié 2 120 marchés pour 6,88 milliards d’euros HT d’activité, avec une part prépondérante d’accords-cadres multi-attributaires sur ses segments structurants (informatique, véhicules, médical, services). Source : Essentiel UGAP 2024.
1. Qu’est-ce qu’un accord-cadre UGAP multi-attributaires ?
Un accord-cadre est un contrat-cadre qui fixe les règles applicables aux commandes futures sans en figer le volume ni le calendrier exact. Sa base juridique se trouve aux articles R2162-1 à R2162-14 du Code de la commande publique. Un accord-cadre peut être attribué à un unique titulaire (mono-attributaire) ou à plusieurs titulaires (multi-attributaires). L’UGAP utilise massivement la seconde forme, pour deux raisons : sécuriser l’approvisionnement des acheteurs publics via plusieurs sources, et dynamiser la concurrence entre fournisseurs pendant la durée du marché.
Concrètement, sur un accord-cadre UGAP multi-attributaires : plusieurs entreprises sont retenues pour un même lot (souvent 2 à 4 titulaires), chacune avec un rang d’attribution. Le rang hiérarchise l’ordre d’appel des titulaires au moment des commandes, selon des règles précisées dans le règlement de consultation (RC) et le CCAP.
Les acheteurs publics (ministères, collectivités, hôpitaux, établissements publics) qui commandent via l’UGAP sont dispensés de procédure propre de publicité et de mise en concurrence (articles L2113-2 et L2113-3 du Code de la commande publique). Ils n’ont donc pas à relancer un AO pour chaque commande couverte par l’accord-cadre : ils se réfèrent aux titulaires selon leur rang.
2. Le système de rang : mécanique concrète
Dans un accord-cadre multi-attributaires, chaque titulaire se voit attribuer un rang à l’issue de l’analyse des offres. Le rang 1 revient à l’entreprise ayant obtenu la meilleure note globale pondérée (prix + technique + RSE). Les rangs suivants suivent l’ordre décroissant de notation.
Ce rang n’est pas symbolique. Il détermine l’ordre dans lequel les commandes vont être adressées aux titulaires pendant toute la durée du marché (typiquement 36 mois ferme + 12 mois de reconduction, soit 48 mois au total). Selon le schéma de dévolution choisi par l’UGAP (et précisé dans le RC), le rang peut concentrer 80 à 95 % des flux sur le rang 1, ou au contraire répartir plus équitablement la demande entre titulaires.
La lecture attentive du RC avant candidature est donc critique : le même accord-cadre peut avoir un sens totalement différent selon le schéma retenu. Une PME qui prépare une offre sans avoir identifié le schéma de dévolution candidate en aveugle.
3. Les trois schémas de dévolution
Schéma 1 — La cascade par rang
Schéma le plus fréquent sur les fournitures standardisées (véhicules, mobilier, équipements médicaux courants, fournitures de bureau). L’acheteur public commande en priorité au rang 1. Si ce dernier est indisponible, défaillant ou à court de stock, la commande bascule au rang 2, puis au rang 3.
En pratique, sur les accords-cadres bien exécutés, le rang 1 absorbe 80 à 95 % des flux. Les rangs 2 et 3 servent de roues de secours. Sur un accord à cascade, être rang 1 vaut 5 à 10 fois plus qu’être rang 3 en volume de CA potentiel.
Schéma 2 — La remise en concurrence entre titulaires
Pour chaque besoin spécifique ou chaque tranche de montant, l’UGAP (ou l’acheteur final) relance une mini-compétition entre tous les titulaires du lot : demande de cotation, offre technique adaptée au besoin, délai, conditions spécifiques. Les titulaires rendent leur proposition et l’acheteur retient la meilleure.
Dans ce schéma, le rang a peu d’impact sur le volume capté. Ce qui compte, c’est la réactivité et la qualité de chaque proposition remise. Schéma dominant sur les prestations intellectuelles, le conseil, les projets informatiques complexes, les services à forte adaptation. Le Sénat a documenté ce fonctionnement dans ses rapports sur les accords-cadres de conseil UGAP (2021).
Conséquence pour la PME : le coût de vente par commande remonte (il faut re-chiffrer, re-convaincre, à chaque fois). Mais la compétition reste ouverte pendant toute la durée du marché.
Schéma 3 — Répartition libre ou semi-libre
L’accord-cadre fixe une clé de répartition : volume minimum garanti au rang 1 (par exemple 50 % du flux prévisionnel), puis répartition des flux complémentaires selon les performances observées (qualité, délai, SAV) ou selon des besoins spécifiques non couverts par le rang 1. Schéma moins répandu, mais utilisé notamment sur certains accords de services récurrents.
Il exige une analyse fine du RC avant candidature, car la clé de répartition peut prendre des formes très variées (volume, géographie, type de produit, niveau de service).
4. Combien vaut un attributaire de rang 1 vs un attributaire de rang 3 : ordre de grandeur
Sur un accord-cadre UGAP à cascade, un lot régional moyen (par exemple un lot de prestations de propreté couvrant 4 à 6 départements, sur un accord-cadre de 26 lots et 36 mois) peut générer entre quelques centaines de milliers d’euros et plusieurs millions d’euros de commandes sur la durée.
Ventilation typique :
| Rang | Part captée du flux prévisionnel | CA généré sur un lot régional de 3 M€ / 36 mois |
|---|---|---|
| Rang 1 | 80-95 % | 2,4 à 2,85 M€ |
| Rang 2 | 5-15 % | 150 à 450 k€ |
| Rang 3 | 0-5 % | 0 à 150 k€ |
Ces ordres de grandeur supposent un schéma à cascade et un lot bien exécuté par le rang 1. En cas de défaillance durable du rang 1 (retard chronique, non-conformité), les rangs 2 et 3 peuvent capter une part significative. Mais l’hypothèse de base à retenir pour le dimensionnement financier d’une candidature reste : le rang 3 peut générer zéro de CA sur toute la durée du marché.
Sur un schéma de remise en concurrence, la répartition est plus équilibrée : le rang 1 capte rarement plus de 40-50 % du flux, mais le coût de vente unitaire augmente à chaque commande.
5. Comment l’UGAP attribue les rangs : méthode d’évaluation
Les rangs sont attribués à l’issue d’une analyse pondérée des offres sur trois critères principaux, dont les poids varient par segment :
| Critère | Plage typique | Contenu évalué |
|---|---|---|
| Prix | 40-60 % | BPU, DPGF, rabais catalogue, coût total sur la durée |
| Valeur technique / qualité | 30-50 % | Mémoire technique, organisation, SAV, reporting, innovation |
| RSE / développement durable | 10-20 % | Éco-conception, trajectoire carbone, clauses sociales, insertion |
En 2024, 99,8 % des marchés UGAP notifiés comportaient une disposition environnementale et 69,6 % une disposition sociale (Essentiel UGAP 2024, p.7). Ces dispositions sont exécutables, contrôlables et sanctionnables : une PME qui promet une trajectoire carbone sans pouvoir la documenter dégrade sa note RSE, et perd souvent le rang 1 au profit d’un concurrent mieux préparé sur cet axe.
La note finale est la moyenne pondérée des trois sous-notes. Le candidat avec la meilleure note globale devient attributaire de rang 1, le deuxième devient attributaire de rang 2, etc. Une offre très forte sur le prix mais faible sur la technique ou la RSE peut finir attributaire de rang 3 malgré un tarif agressif.
6. Ce que ça change dans la stratégie de candidature PME
La lecture du système de rang doit conditionner la stratégie de candidature dès l’amont :
- Sur un accord à cascade : viser le rang 1 ou ne pas candidater. Un attributaire de rang 3 consomme 40 à 80 heures de travail pour un CA proche de zéro. Mieux vaut concentrer les ressources sur un lot où la PME est en position de prendre le rang 1, même si le lot est plus petit.
- Sur un accord à remise en concurrence : candidater à rang utile (1 à 3 selon segment), car la compétition restera ouverte pendant 48 mois. L’enjeu est d’obtenir le ticket d’entrée dans le club des titulaires, puis de gagner chaque remise en concurrence au coup par coup.
- Sur un accord à répartition libre : décoder la clé de répartition avant de s’engager. Si la clé avantage massivement le rang 1, traiter comme cascade ; si elle est équilibrée, traiter comme remise en concurrence.
Pour une PME, la tentation classique consiste à postuler à tous les lots d’un accord-cadre national. C’est une erreur. La meilleure stratégie est de cibler les lots où la PME dispose d’un avantage compétitif décisif (proximité géographique, expertise sectorielle, structure de coûts) pour maximiser la probabilité de rang 1, plutôt que de s’étaler sur 10 lots avec un rang moyen.
7. Cas Dronotec : rang 1 lot 9 accord-cadre UGAP 417093 drones
Dronotec, TPE de 10 personnes basée à Maisons-Alfort, accompagnée par AO Conquête, a décroché le rang 1 du lot 9 de l’accord-cadre UGAP n°417093 « Solutions d’aéronefs sans équipage », sur 48 mois. Le cas est documenté publiquement (couverture Yahoo Finance, mai 2025).
Ce que le positionnement rang 1 change, sur un segment émergent comme le drone civil professionnel :
- Commandes directes des 21 000 clients publics UGAP sans relancer de procédure
- Référence commerciale forte pour les AO directs hors UGAP
- Visibilité dans le catalogue UGAP sur toute la durée du marché
- Effet de levier sur l’écosystème : tout acheteur public qui cherche un drone voit Dronotec en tête
Sur le même lot, le rang 2 et le rang 3 auraient capté une part très marginale du flux, car le drone civil professionnel se commande en petites quantités unitaires (pas de remise en concurrence systématique sur chaque drone). La différence entre rang 1 et rang 3 sur ce lot se compte en ordre de grandeur 10x.
8. FAQ — Accord-cadre UGAP et système de rang
Est-ce qu’on peut candidater à plusieurs lots d’un même accord-cadre UGAP ?
Oui, sauf mention contraire dans le RC. Cependant, une PME qui s’étale sur trop de lots dégrade souvent la qualité moyenne de ses offres. Mieux vaut viser 2 à 3 lots avec un avantage décisif que 8 lots avec un positionnement moyen.
Le rang peut-il évoluer en cours de marché ?
Non, le rang est figé à la notification de l’accord-cadre. En revanche, si le rang 1 est défaillant de manière répétée, l’UGAP peut engager une procédure de résiliation partielle pour ce titulaire, ce qui fait remonter mécaniquement les rangs suivants.
Un accord-cadre UGAP prévoit-il un volume minimum garanti ?
Cela dépend du RC. Certains accords prévoient un volume minimum garanti (montant ou quantité), d’autres non. Quand il existe, ce minimum est souvent affecté au rang 1 uniquement.
Peut-on renégocier son rang au cours du marché ?
Non. Le rang est le résultat de l’évaluation initiale des offres. Il ne peut pas être renégocié. La seule manière de changer de rang est de candidater à nouveau lors du renouvellement de l’accord-cadre (typiquement au bout de 48 mois).
Est-ce que le rang 1 est reconduit automatiquement au renouvellement ?
Non. L’attribution est remise en jeu intégralement à chaque renouvellement. Une PME rang 1 peut passer rang 3 au cycle suivant si la concurrence a intégré de nouveaux critères plus vite (typiquement RSE, innovation, souveraineté). La préparation du renouvellement doit commencer 9 à 12 mois avant l’échéance.
Quelle est la durée typique d’un accord-cadre UGAP ?
48 mois, structurés le plus souvent en 36 mois ferme + 12 mois de reconduction. Certains segments à cycle court (technologie, énergie) peuvent être conclus sur 24 mois.
Conclusion — Le rang n’est pas un détail technique, c’est la variable de ROI
Pour une PME qui envisage de candidater à un accord-cadre UGAP, le système de rang n’est pas une subtilité juridique à lire en diagonale dans le RC. C’est la variable qui détermine la rentabilité réelle de l’investissement de 40 à 80 heures de travail d’analyse et de rédaction d’offre. Avant de candidater à un lot, la question à trancher n’est pas « ai-je une chance ? », mais « ai-je une chance d’être rang 1 ? ». Si la réponse est non, mieux vaut réallouer les ressources sur un autre lot, voire sur un autre accord-cadre où la PME est en position de prendre la tête.
Pour aller plus loin sur la candidature complète : consultez notre guide Devenir fournisseur UGAP : le parcours complet pour une PME et le panorama UGAP : tout savoir sur la 1ère centrale d’achat public française.
Si vous préparez un dossier de candidature à un accord-cadre UGAP et souhaitez sécuriser votre positionnement rang 1, demandez une étude de positionnement.
Les ressources d’AO Conquête pour guider les PME vers les marchés UGAP
📍 Vue d’ensemble : UGAP : tout savoir sur la 1ère centrale d’achat public française
Candidater et gagner
→ Devenir fournisseur UGAP : le guide complet pour les PME
→ Mémoire technique UGAP : les 6 clés d’un attributaire de rang 1
→ Bordereau de prix UGAP (BPU) : calibrer son offre PME
Les 3 questionnaires UGAP
→ Questionnaire RGPD UGAP : comment bien répondre
→ Questionnaire qualité de service UGAP : comment bien répondre
→ Questionnaire RSE UGAP : comment bien répondre
Après attribution
→ Rentabiliser son marché UGAP après attribution : 5 phases
→ Programme Croissance PME UGAP : observé depuis la délégation Dronotec
Écosystème UGAP
→ Catalogue multi-éditeurs UGAP
→ Partenariat UGAP × SCC France
→ SiNoÉ : l’outil collaboratif de l’UGAP
Nos preuves
→ Cas Dronotec : rang 1 lot 9 accord-cadre drones UGAP
→ Hub preuves : 11 courriers d’attribution documentés
Cet accompagnement réalisé avec succès par AO Conquête a fait l’objet d’une couverture presse : Yahoo Finance · PRNewswire · CentralCharts · Le Lézard
Sources
- Essentiel UGAP 2024 — PDF
- Articles L2113-2 à L2113-4 et R2162-1 à R2162-14 du Code de la commande publique — Légifrance
- Décret n°85-801 du 30 juillet 1985 (statut UGAP) — Légifrance
- Rapport Sénat sur les accords-cadres de conseil (2021) — Sénat
- Cas Dronotec — Yahoo Finance, mai 2025
À propos de l’auteur (Philippe COURTOIS)

Après une première partie de carrière dédiée au commerce et à la vente (Banque LCL, Unilever, groupe Seloger.com) je me suis spécialisé dès 2010 dans la réponse aux appels d’offres, d’abord au sein de grands groupes (Essity, Bureau Veritas, groupe Sonepar) puis en tant que Consultant Marchés Publics dans un cabinet de conseil, avant de participer enfin au lancement des marchés publics pour la Société du Grand Paris dans le cadre du plus grand projet d’infrastructure d’Europe (Grand Paris Express).
C’est fort de cette expertise concrète et issue du terrain que j’ai décidé en 2022 de lancer mon activité et d’accompagner les entreprises souhaitant augmenter leur part de marché sur le secteur public.
À propos d’AO Conquête
AO Conquête accompagne les PME souhaitant se positionner efficacement sur les marchés publics afin de gagner en croissance.
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