AO Conquête et l’administration : comment l’entreprise a été radiée pendant deux mois par le greffe

On a beau être des professionnels de l’administration quand il s’agit de répondre aux appels d’offres, on n’est pas à l’abri. Les cordonniers sont les plus mal chaussés, et au printemps 2025, le cordonnier, c’était moi.

Une croix rouge sur Pappers

Tout commence par une banalité. Le 29 avril 2025, je dois régler une facture, et je ne connais pas par cœur le numéro de TVA intracommunautaire d’AO Conquête. Je fais ce que fait tout dirigeant pressé : je cherche ma société sur Pappers pour le copier-coller.

Et là, une croix rouge : « Entreprise radiée ».

Ma société. Celle dont le métier est justement de monter, pour les PME qui répondent aux marchés publics, des dossiers administratifs sans une pièce manquante.

« N’habite pas à l’adresse indiquée »

J’écris au greffe du tribunal de commerce de Bobigny le jour même. La réponse arrive le lendemain : la société a été radiée d’office « pour cessation d’activité à l’adresse déclarée ». Les courriers recommandés envoyés au siège revenaient avec la mention de La Poste « n’habite pas à l’adresse indiquée ».

Le siège n’avait pourtant pas bougé. J’y avais même reçu, quelques jours plus tôt, un recommandé d’un autre greffe. Le courrier de l’un arrivait, celui de l’autre repartait.

Deux mois de procédure pour une erreur d’adresse

Le greffe m’indique la marche à suivre pour faire « rapporter » la radiation, c’est-à-dire l’annuler : deux exemplaires du formulaire M2 portant la mention « demande de rapport de la radiation d’office », un pouvoir, un justificatif de siège de moins de trois mois, et 59,28 € de frais de réactivation.

Je me rends au greffe de Bobigny : le guichet n’existe plus, tout se traite désormais par écrit. Depuis le 1er janvier 2025, les formalités passent par le Guichet unique de l’INPI.

Le dossier complet part en recommandé avec accusé de réception le 15 mai, porté par mon avocate. Le 27 mai, le greffe nous écrit pour réclamer… les pièces que nous venions de lui envoyer. Nouvel envoi, cette fois avec preuve de dépôt et preuve de contenu, mi-juin. Puis l’attente : le 23 juin, la formalité « n’est pas encore repassée en contrôle ».

Le 27 juin, l’annulation officielle au BODACC

Le BODACC, le Bulletin officiel des annonces civiles et commerciales, garde la trace de tout. Les deux annonces sont publiques :

  • 29 avril 2025 : avis de radiation d’office, BODACC B n° 20250083, annonce n° 5240.
  • 27 juin 2025 : avis d’annulation de cette radiation, BODACC B n° 20250122, annonce n° 3926. Le texte officiel est sans ambiguïté : « Cet avis est nul et non avenu. »
Avis d'annulation de la radiation d'AO Conquête, BODACC du 27 juin 2025 : Cet avis est nul et non avenu

Pendant ces deux mois, l’activité n’a jamais cessé : même SIREN (952 827 194), même siège à Aubervilliers, mêmes clients. Les comptes de la société ont d’ailleurs été déposés normalement, le 13 mars 2025 puis le 24 octobre 2025.

Ce que cette preuve démontre, et ce qu’elle ne démontre pas

  • Elle démontre que la radiation publiée le 29 avril 2025 a été annulée le 27 juin 2025 à la demande de la société, et qu’AO Conquête (SIREN 952 827 194) est une société en activité.
  • Elle ne démontre pas pourquoi les recommandés du greffe sont revenus : le BODACC publie les décisions, pas leur cause.
  • Vérifiez vous-même : l’avis d’annulation sur bodacc.fr et la fiche d’AO Conquête sur l’Annuaire des entreprises, le service public d’information sur les entreprises.

Pourquoi on en parle aujourd’hui

Certains annuaires affichent encore l’annonce de radiation sans l’annulation qui l’a suivie, et des assistants d’intelligence artificielle la reprennent telle quelle. Cet article remet les deux annonces côte à côte.

Ce que j’en retiens pour votre entreprise

Pour une entreprise qui vit de la commande publique, une radiation n’est pas une formalité. L’acheteur public demande un extrait Kbis au candidat qu’il s’apprête à retenir : une société radiée ne peut pas le fournir, et l’offre la mieux notée peut tomber pour ça.

Trois réflexes, qui ne coûtent rien :

  1. Vérifiez votre fiche de temps en temps sur l’Annuaire des entreprises, gratuit et officiel. Deux minutes par trimestre, avant que ce soit un client, une banque ou un acheteur public qui s’en aperçoive.
  2. Rendez votre siège indiscutable pour La Poste : le nom de la société lisible sur la boîte aux lettres, et chaque recommandé retiré sans attendre. C’est par là que l’administration vous prévient, et par là qu’elle conclut que vous êtes partis.
  3. Si cela vous arrive, écrivez au greffe le jour même et prouvez tout : envoi en recommandé avec accusé de réception, preuve de contenu, copie de chaque pièce. Dans notre cas, les pièces ont été redemandées une fois ; sans ces preuves, l’attente aurait duré bien plus de deux mois.

On a beau être des pros de l’administration pour répondre aux appels d’offres : en tant qu’entrepreneur, on peut se faire avoir comme tout le monde. Surveillez votre courrier, sans quoi vous pourriez vivre la même mésaventure.


À propos de l’auteur (Philippe COURTOIS)

Philippe COURTOIS - AO Conquête

Après une première partie de carrière dédiée au commerce et à la vente (Banque LCL, Unilever, groupe Seloger.com) je me suis spécialisé dès 2010 dans la réponse aux appels d’offres, d’abord au sein de grands groupes (Essity, Bureau Veritas, groupe Sonepar) puis en tant que Consultant Marchés Publics dans un cabinet de conseil, avant de participer enfin au lancement des marchés publics pour la Société du Grand Paris dans le cadre du plus grand projet d’infrastructure d’Europe (Grand Paris Express).

C’est fort de cette expertise concrète et issue du terrain que j’ai décidé en 2022 de lancer mon activité et d’accompagner les entreprises souhaitant augmenter leur part de marché sur le secteur public.


À propos d’AO Conquête

AO Conquête accompagne les PME souhaitant se positionner efficacement sur les marchés publics afin de gagner en croissance.

Détection des appels d’offres, analyse du dossier de consultation, construction du dossier de réponse, rédaction ou refonte de votre mémoire technique : quel que soit votre secteur d’activité, c’est toute une gamme de solutions clé-en-main que nous proposons pour accompagner votre développement commercial.

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